CH 2

Ils venaient, lui et ses compagnons, de repousser une armée de gorators près des portes d’Arcanis. Les combats, acharnés aux portes de la cité, perduraient depuis des lunes. Avec intrépidité et détermination, ils finirent par leur imposer la retraite une fois de plus. Une fois l’ennemi retranché, Elarden et Adragor prirent leur envol et arpentèrent le territoire du nord au sud et de l’est à l’ouest.

        Un nombre impressionnant de ses compagnons périrent, décapités sous les haches des gorators. Devant les portes, plusieurs rangées de guerriers empalés sans leur tête, soulignaient la cruauté animale de leurs ennemis. Les têtes gisaient au sol dans une mare de liquide écarlate, près des corps, une abondance de cadavres calcinés et toujours fumants lui fit détourner les yeux, et se pincer le nez, dégouter par cette vision écœurante. Du déjà vu dans la collection de souvenirs ténébreuse d’Elarden, la liste des pertes s’allongeait de façon exponentielle depuis le début des hostilités.
L’odeur qui planait au-dessus de lui, enflammait ses narines et rendait sa respiration étouffante. Cette senteur lui laissait un gout d’animosité et de colère dans le cœur.
La vallée de Durabord surnommer « La vallée des morts » justifiait en tous points sa réputation, le jour comme la nuit, elle savait être maléfique autant par les monstres et les créatures, qui à tout moment y guettait la moindre intrusion.
Depuis plus d’une décennie, le nombre de victimes parmi les guerriers avait augmenté de façon draconienne.
Il rejoignit ses compagnons d’armes retranchés sur les remparts. Ces deniers offraient en raison de sa vue d’ensemble sur la vallée des morts, un avantage contre les attaques de l’ennemi.Les cris et le chaos infernal cessèrent. Les blessés furent transportés à l’infirmerie du village. L’ennemi retranché, Elarden quitta les lieux avec la promesse faite par Melkior de venir le chercher chez son père si les hostilités reprenaient, et d’enterrer leurs frères d’armes.
Il quitta les remparts laissant derrière lui une rivière de désolation et se rendit chez son père dans sa petite chaumière isolée. Sur le chemin, les cris de douleurs, qu’éprouvaient les hommes avant de s’éteindre, résonnaient à l’intérieur de sa tête.

***

La chaleur emplissait la pièce de la chaumière, et dégageait une atmosphère tangible. La porte de bois desséchée aux gonds rouillés restée légèrement entrouverte, grinçait suivant le rythme de va-et-vient de la faible brise et laissait pénétrer de bons arômes. Les bonnes odeurs qui s’échappaient des chaumières avoisinantes, s’y infiltraient et fusionnaient avec le fumet du cuissot d’Andralus. Quatre bancs grossièrement sculptés dans du bois d’anghara, encerclaient la table massive appuyer sur un mur de rondin dans le coin droit de la pièce. Sur le mur, les armes utilisées par Kosalky au cours de sa longue vie de guerrier y étaient exposées. Une guerre que les Arcaans se contentaient de repousser sans même contre-attaquer depuis des centaines d’années.

***

Tourmenté, Elarden méditait sur son enfance chimérique ou, jeune garçon, il fut contraint de revêtir un destin qui n’était pas le sien, celui de la guerre. Sa jeunesse défila devant ses yeux, il vit ses rêves s’évaporer comme la brume qui au lever du jour.
Dès lors il dut se conformer à un mode de vie ou la place au plaisir se limitait aux buveries et aux bagarres. Il voyait beaucoup d’hommes quitter le château sans jamais revenir, ou regagner l’intérieur des murs, horriblement mutilés, d’autres devaient être transportés sur la terre des morts derrière le château pour y être enterrés. Elarden était attitré pour évider le sol ou, une fois enterrés, les hommes devaient trouver le repos jusqu’à ce qu’Orven les rappelle à lui.
Capturés par les gorators, Les hommes amenés dans leur y étaient torturés jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Les images des hommes martyrisé le hantait et devenaient chaque jour plus insupportable. Quand il se faufilait sous sa couverture aussi froide et humide que le dortoir lui-même, son imagination fertile se mettait en marche et ses cauchemars prenaient vie. Dans chaque coin sombre, des dortoirs, il voyait de menaçantes ombres qui attendaient le moment propice pour s’emparer de lui et l’emprisonner dans les ténèbres.
Qu’avait-il fait de mal pour que son père l’abandonne à ce destin è la senteur de mort, pensait-il chaque nuit ? Il n’était qu’un enfant qui cherchait à s’amuser et maintenant il ne devait compter que sur lui-même.
L’apocalypse qui s’élevait des champs de bataille chuintait dans ses oreilles le tirant chaque soir de son sommeil inconfortable et remettait son imagination en route.

***

Quinze années de ce régime firent de lui un homme fort, rapide, ne connaissant ni la peur ni la pitié. La compassion ne faisait plus partie de son vocabulaire. La réputation que lui attribuaient les uroks et les gorators le précédait. Ils l’appelaient eyalisrum diurn dans leur langage ou l’épée des Dieux.

Ses souvenirs de jeunesse n’étaient plus que rétrospectifs. On l’avait façonné à l’image d’un guerrier animé par la rage et la colère. Il dégageait une soif démesurée de vengeance. Aujourd’hui, l’unique dissemblance qui le distinguait de la barbarie des uroks et des gorators s’en tenait ni plus, ni moins à sa faculté de réfléchir.

Arcaan

cropped-sticker-la-plume-de-l-ecrivain-ambiance-sticker-kc_2813-copy1.jpg

Publicités